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Hommage aux résistants en Lozère

Pays de Lozère : hommage aux maquisards

Visite du mazuc sur les pentes des gorges de la Truyère, où les blessés graves ont été opérés et soignés un mois durant.
© D.R.
 

U n parcours a reconstitué le périple des hommes qui ont lutté pour la liberté, en 1944.

À l'occasion du 70e anniversaire des combats des réduits du Massif Central, fortement liés avec ceux du Débarquement en Normandie, et à l'initiative du lycée Théophile-Roussel de Saint-Chély-d'Apcher, de l'AARDM Haute Lozère, l'Anacr 48 - anciens combattants et amis de la Résistance-, l'association culturelle du personnel de l'hôpital François-Tosquelles Saint-Alban, du centre Culture et loisirs Saint-Chély, et avec la participation du musée de la Résistance d'Anterrieux dans le Cantal, une journée commémorative s'est déroulée samedi 7 juin.

 

Elle consistait en un parcours résumant les combats de la partie sud de la zone connue sous le nom réduits de la Truyère, et évoquant l'évacuation des blessés. Après le regroupement des participants à Saint-Chély, la première cérémonie s'est déroulée à l'entrée de Saint-Juéry, où les premiers accrochages eurent lieu le 20 juin : un poste avancé des maquisards y bloque une colonne allemande grâce au dynamitage du pont sur le Bès, pourtant franchi, sept maquisards seront tués et l'église incendiée…

Réduits de résistants

Le 15 avril 1944, le colonel Gaspard, commandant l’ensemble des mouvements de résistance en Auvergne décide de créer des rassemblements de résistants, appelés réduits, sur les massifs du Cantal : 2 700 hommes rejoignent le mont Mouchet, 1 000 le réduit de Venteuges, entre le mont Mouchet et les gorges de l’Allier, 1 500, le réduit de la Truyère à Anterrieux et 600 le Lioran. La réaction allemande ne se fait pas attendre avec, dès le 2 juin, une première attaque de la Wehrmacht. Le 11, des combats acharnés ont lieu tout autour du massif ; ordre est donné de tenir jusqu’à la nuit pour effectuer le repli vers les gorges de la Truyère. Le mont Mouchet est évacué et vidé de tout matériel. 160 hommes sont morts, 80 blessés.

À partir du 12 juin, l’effectif du réduit se trouve brutalement renforcé par les compagnies du mont Mouchet, échappées pendant la nuit. Le 18 juin, l’effectif atteint quatre mille hommes. L’attaque allemande reprend le 20 juin avec une violence accrue. Les villages sont écrasés, principalement Anterrieux et Saint-Martial. Le colonel Gaspard donne alors l’ordre d’abandonner les lieux et de décrocher à la nuit en direction du Lioran. Le bilan de ces deux journées se chiffre à 123 tués et une centaine de blessés chez les maquisards et les civils. Le harcèlement de l’occupant continue pendant plusieurs jours, à la poursuite des fuyards…

Là, 35 hommes ont trouvé la mort

À Anterrieux, se trouve le musée des combats, au plus près du maquis Revanche composé de gendarmes et militaires. Là, 35 hommes de la 7e compagnie ont trouvé la mort. Puis direction Maurines où l'hôpital de campagne recueillait les blessés. C'est le trajet de leur évacuation vers la Lozère qui suit : un parcours terrible par le ravin du Vergne où les véhicules sont bloqués par le pont détruit, les blessés mis à l'abri dans la centrale hydroélectrique, soignés à même le sol dans les odeurs d'huiles mécaniques, puis récupérés sur l'autre versant en chars à bœufs direction Albaret-le-Comtal où certains seront gardés par les sœurs.

À Saint-Just ensuite, près du hameau d'Estrémiac, une stèle rappelle le massacre d'une partie du convoi, qui stoppa à Albaret-Sainte-Marie ; à l'approche des Allemands, les blessés se dispersèrent, les plus atteints furent cachés dans un mazuc qui devint hôpital improvisé. Une marche a emmené les participants jusqu'à ce lieu resté intact, où une doctoresse de Saint-Alban venait tous les jours donner les soins. L'hôpital psychiatrique recueillit des blessés graves, ainsi que d'autres en provenance du mont Mouchet, et fut un des hauts lieux de résistance avec l'accueil de nombreux juifs et résistants, et notamment le poète Paul Eluard.

Avec récits, témoignages, lectures, projections à chaque étape du parcours, accueils par toutes les municipalités, participation d'historiens, de témoins, et de jeunes et moins jeunes qui ont mêlé la poésie au récit du drame et de l'héroïsme, cette journée a été un grand moment au service de la mémoire et de l'hommage que l'on doit à ces hommes, devenus des héros, pour notre liberté.

"Ils faisaient cuire du pain au péril de leur vie"

"En août, nous sommes partis à Luc-sur-Mer pour découvrir les plages du Débarquement." Comme cette famille, originaire de Grandrieu, de nombreuses générations, marquées par la guerre 39-45, s’y rendent estimant le pèlerinage nécessaire. Et Rose-Marie s’en souvient comme si c’était hier. Le témoignage d’un gardien du musée d’Arromanches la bouleverse encore aujourd’hui. Et c’est le fils de Rose-Marie, équipé d’un appareil pour l’aider à marcher, qui va favoriser la discussion. " 'Qu’est qu’il a fait, votre fils ?'. Cet homme avait lui aussi des appareils de marche. Il avait débarqué sur les plages françaises ce 6 juin 1944 et en portait les séquelles." Entendant l’accent chantant de la famille, le gardien demande d’où elle vient. "Quand je lui ai dit que j’étais lozérienne, il m’a embrassée, se souvient Rose-Marie, les larmes aux yeux. Son frère avait fait le maquis au mont Mouchet… Et à chaque repas, quand les enfants font des boules avec le pain, son frère se met hors de lui." La raison ? "Si les gens des villages autour du mont Mouchet n’avaient pas fait cuire du pain au péril de leur vie, les résistants seraient morts. Les Allemands vérifiaient la chaleur du four : si c’était trop chaud pour la quantité de pain nécessaire au village, ils comprenaient que la Résistance avait été aidée. Malgré ce danger, les villageois leur ont permis de survivre. Je lui ai alors proposé de lui donner une demi-baguette qui me restait dans la voiture." Il a accepté sur ces mots : "Ce soir, nous mangerons, ce bout de pain de Lozère en hommage à tous les villageois qui, autour du mont Mouchet, ont aidé le maquis." Une anecdote poignante que Rose-Marie évoque quand, au village, le four est allumé.